Le2 avril 2020, le PrĂ©sident de la RĂ©publique a annoncĂ© que les conditions de sortie pour les personnes en situation de handicap et leur accompagnant sont dĂ©sormais assouplies. Cet assouplissement doit sâaccompagner dâun strict respect des gestes barriĂšre impĂ©ratifs pour la sĂ©curitĂ© sanitaire de tous. âą Pour les personnes en situation de
LâAssemblĂ©e nationale avait adoptĂ©, le 15 janvier dernier, une proposition de loi dans le but dâassouplir les modalitĂ©s dâattribution de la PCH. Le SĂ©nat a finalement adoptĂ© dĂ©finitivement la proposition de loi le 26 fĂ©vrier dernier ! Un changement majeur puisque ce texte supprime la barriĂšre des 75 ans et crĂ©e un droit Ă vie. Il clarifie Ă©galement les modalitĂ©s du contrĂŽle par le conseil dĂ©partemental. Dans ce cadre, Philippe Mouiller, sĂ©nateur des Deux-SĂšvres qui a co-Ă©crit le texte, a rĂ©pondu Ă nos questions. Le 15 janvier dernier, les dĂ©putĂ©s avaient adoptĂ© Ă lâunanimitĂ© une proposition de loi pour amĂ©liorer lâaccĂšs Ă la prestation de compensation du handicap PCH. Ce texte, qui doit notamment assouplir les modalitĂ©s de contrĂŽle et dâattribution de cette prestation destinĂ©e aux personnes handicapĂ©es, a Ă©tĂ© adoptĂ© dĂ©finitivement le 26 fĂ©vrier dernier ! Philippe Mouiller, sĂ©nateur des Deux-SĂšvres, membre de la commission des affaires sociales du SĂ©nat et prĂ©sident du groupe handicap de cette commission, se rĂ©jouit du vote des dĂ©putĂ©s et des sĂ©nateurs. Co-auteur du texte, il souhaite simplifier la vie des personnes en situation de handicap et aller encore plus loin dans les futures propositions. Quels sont les principaux changements prĂ©vus par cette proposition de loi ? Cette proposition de loi amĂ©liore lâaccĂšs Ă la PCH Ă trois Ă©gards. Dâabord, elle donne de nouveaux droits en supprimant une barriĂšre dâĂąge qui empĂȘchait les personnes de plus de 75 ans de bĂ©nĂ©ficier de la prestation, ou en attribuant la PCH Ă vie pour ceux dont le handicap est irrĂ©versible. Ensuite, elle simplifie les dĂ©marches des bĂ©nĂ©ficiaires en assouplissant ses modalitĂ©s dâattribution, de contrĂŽle, et en clarifiant enfin la loi pour rendre opĂ©rationnels les fonds dĂ©partementaux de compensation du handicap, créés pour diminuer le reste Ă charge des personnes handicapĂ©es. Enfin, elle amorce la rĂ©flexion autour des sujets Ă mon sens les plus importants dĂ©sormais, notamment celui du transport des personnes handicapĂ©es. Pourquoi cette proposition de loi sur lâaccĂšs Ă la PCH est-elle importante pour vous ? Je pense que câest un premier pas pour montrer la dĂ©termination collective du Gouvernement et des parlementaires Ă faire changer les choses et pour amĂ©liorer les conditions dâaccĂšs Ă la prestation de compensation du handicap PCH. Câest une dynamique qui commence. Dâautant plus que lâon attend un certain nombre dâannonces le 11 fĂ©vrier prochain Ă lâoccasion de la rĂ©union du Conseil national du handicap CNH. Cette proposition de loi a Ă©tĂ© nourrie par plusieurs parlementaires. Cela fait Ă peu prĂšs un an que je travaille sur les Ă©volutions plus globales de la PCH, et cela mâa donnĂ© lâoccasion dâavoir un vĂ©hicule lĂ©gislatif pour commencer Ă faire Ă©voluer la PCH par la loi. Ensuite, lâAssemblĂ©e nationale lâa votĂ©e. JâĂ©tais assez heureux dâavoir lâopportunitĂ© de valoriser le travail qui a Ă©tĂ© fait et qui est nĂ© de grandes concertations avec beaucoup dâassociations et de personnes concernĂ©es. Pensez-vous quâil y a une vraie prise de conscience au niveau du handicap ? Oui, mais ce nâest vraiment que le dĂ©but dâune refonte plus globale qui doit ĂȘtre faite, et aujourdâhui je pense que tout le monde est conscient Ă la fois de ce qui doit ĂȘtre amĂ©liorĂ© et des enjeux. AprĂšs, il y a encore des interrogations au niveau juridique et budgĂ©taire. Pour moi cela lance une dynamique. JâespĂšre que, dans la foulĂ©e du 11 fĂ©vrier prochain, lors du CNH, les choses vont sâaccĂ©lĂ©rer et que nous pourrons bĂątir, avec les associations, les Ă©lus et le Gouvernement, une future PCH plus adaptĂ©e, modernisĂ©e, et surtout qui corresponde mieux aux attentes des personnes concernĂ©es. La proposition vise Ă assouplir les modalitĂ©s de contrĂŽle dâattribution de la PCH. Quelles sont ces modalitĂ©s et en quoi vont-elles ĂȘtre assouplies ? Dâune part, lâidĂ©e est dâavoir une pĂ©riode de contrĂŽle de lâusage de la prestation beaucoup plus longue, au minimum de 6 mois, qui permettrait de servir une aide plus adaptĂ©e Ă la vie des personnes concernĂ©es, qui a les fluctuations que lâon connait. Aujourdâhui, un moindre besoin de PCH pendant quelques semaines pour cause dâabsence, de vacances, ou dâhospitalisation peut conduire Ă ce que lâon vous demande de rembourser les sommes non utilisĂ©es pendant le mois concernĂ©. A lâinverse, il y a des pĂ©riodes oĂč les besoins sont plus importants ! Dâautre part, dans le droit actuel, lorsquâil y a une difficultĂ©, il y a un couperet » qui tombe et vous devez rembourser la totalitĂ© de la PCH. Avec cette proposition de loi, la demande de remboursement dâun trop-perçu ne pourra porter que sur les sommes qui auront Ă©tĂ© effectivement dĂ©pensĂ©es. Et il y a parfois des erreurs, non intentionnelles ; cela exige que lâon ne pĂ©nalise pas trop la personne qui serait impactĂ©e par cette situation. Une prĂ©cision encore la dĂ©cision du conseil dĂ©partemental de rĂ©cupĂ©rer une somme versĂ©e sera temporairement suspendue si le bĂ©nĂ©ficiaire forme une rĂ©clamation. Câest un dĂ©tail plus protecteur pour les personnes handicapĂ©es. La barriĂšre des 75 ans pour faire une demande de PCH va ĂȘtre supprimĂ©e. Que se passait-il avant pour les personnes ne bĂ©nĂ©ficiant pas de la PCH Ă cause de leur Ăąge ? Quây aura-t-il de plus maintenant ? Dans le droit actuel, la PCH doit ĂȘtre demandĂ©e avant 60 ans, mais peut lâĂȘtre avant 75 ans si le handicap a Ă©tĂ© reconnu avant 60 ans. Ces seuils procĂšdent dâune vision cloisonnĂ©e des politiques de soutien Ă lâautonomie Ă 60 ans, alors que vos besoins sont lĂ , on vous fait basculer dans les politiques de prise en charge du vieillissement, avec des aides et des outils qui ne sont pas forcĂ©ment adaptĂ©s au handicap. Avec la proposition de loi, il nây aura plus de barriĂšre dâĂąge pour demander la PCH, sous rĂ©serve, toujours, que le handicap ait Ă©tĂ© constatĂ© avant 60 ans. Ce nâest quâun premier pas parce que mon souhait serait dâenlever complĂštement toutes les barriĂšres. En effet, ce nâest pas lâĂąge qui vous donne un droit Ă la compensation, câest surtout le fait dâen avoir besoin. DâaprĂšs vous, combien de personnes supplĂ©mentaires vont pouvoir bĂ©nĂ©ficier de la PCH aprĂšs la suppression de lâĂąge barriĂšre ? Selon les estimations, il y aurait environ 9 000 bĂ©nĂ©ficiaires potentiels de la PCH de plus de 75 ans. Sous quelle forme se fera la reconnaissance du droit Ă vie pour les personnes lourdement handicapĂ©es ou les personnes dont le handicap ne connait pas dâĂ©volution favorable ? La formulation technique reste encore Ă dĂ©finir. Il reviendra Ă lâadministration de mettre cette avancĂ©e en musique. Pour moi, câest sans doute une des mesures les plus importantes de ce texte, qui dispense les personnes handicapĂ©es de refaire, tous les 5 ans, voire tous les 3 ans, un dossier de demande de PCH. Avec le droit Ă vie, il nây aura pas besoin de refaire un dossier. Il faut savoir que ce sont des dossiers lourds il faut de nouveau dĂ©montrer des choses qui sont connues alors que câest complĂštement absurde, il faut faire appel Ă un mĂ©decin⊠Donc, Ă prĂ©sent, on fait sauter cette contrainte, de façon Ă ce que vos droits soient dĂ©finitifs. Cela Ă©tant, et câest aussi important, la personne pourra continuer Ă solliciter la MDPH pour bĂ©nĂ©ficier dâune rĂ©vision de sa prestation selon lâĂ©volution de sa situation. LâidĂ©e est de conserver le lien entre les MDPH et la personne concernĂ©e. Mais surtout quâon lui simplifie la vie sous lâangle administratif. Est-ce que cette reconnaissance va sâappliquer aux autres documents, comme la carte de stationnement par exemple ? Le texte ne concerne que la PCH. On a dĂ©jĂ fait Ă©voluer les choses lorsquâon a votĂ© la loi pour la libertĂ© de choisir son avenir professionnel, notamment pour la RQTH, qui peut dĂ©sormais ĂȘtre attribuĂ©e Ă vie dans certains cas, ou la carte mobilitĂ© inclusion mention invaliditĂ© ». Au fur et Ă mesure, on augmente dans tous les domaines les possibilitĂ©s dâavoir des droits Ă vie lorsque vous avez un handicap qui, malheureusement, nâĂ©voluera pas favorablement. Pour lâinstant nous en restons Ă ces deux idĂ©es simplifier les dĂ©marches administratives et, lorsque câest possible, accorder des droits Ă vie. Câest aussi une initiative du Gouvernement. Aujourdâhui, Sophie Cluzel est dans cette dĂ©marche de simplification et dâamĂ©lioration des droits. La proposition de loi Ă©voque la mise en place dâun comitĂ© stratĂ©gique qui mettra en place des mesures pour faciliter la mobilitĂ© des personnes handicapĂ©es. Qui ferait partie de ce comitĂ© ? Il faut quâon en discute. Mais vous aurez forcĂ©ment autour de la table lâadministration, les conseils dĂ©partementaux, et surtout des reprĂ©sentants des associations, car toutes ces personnes sont susceptibles dâintervenir Ă un moment ou un autre. Ă lâorigine, jâavais travaillĂ© sur un texte concernant la simplification de la mobilitĂ© pour les personnes handicapĂ©es. Je prends lâexemple des enfants parce que câest peut-ĂȘtre le plus compliquĂ© la prise en charge administrative et financiĂšre du dĂ©placement de lâenfant handicapĂ© est liĂ©e Ă lâĂ©tablissement qui lâaccueille. Si votre enfant est scolarisĂ©, câest le service du dĂ©partement qui prend en charge les dĂ©placements. Si lâenfant a un rendez-vous chez un spĂ©cialiste, câest lâassurance maladie qui prendra en charge ces dĂ©placements. Selon la nature et la destination de votre dĂ©placement, cela pourra ouvrir ou non un financement, mais Ă chaque fois avec des dĂ©marches complexes et des dossiers Ă remplir. Donc on voit bien quâaujourdâhui, sâil y a un point dâamĂ©lioration qui est nĂ©cessaire et urgent, notamment lorsquâon veut mettre en place une sociĂ©tĂ© inclusive, câest rendre la vie des personnes handicapĂ©es beaucoup plus simple, Ă la fois dans la gestion et lâorganisation de ces dĂ©placements. Au dĂ©but, jâavais proposĂ© de redonner cette compĂ©tence aux dĂ©partements, puisquâils ont un service de gestion de la mobilitĂ© pour les personnes handicapĂ©es, notamment autour de la scolarisation. CâĂ©tait dans la nĂ©gociation avec le Gouvernement. Mais nous avons encore besoin de bien clarifier ce point. Lâobjet de ce comitĂ© stratĂ©gique sera justement de proposer des solutions de simplification et dâefficacitĂ© concernant la mobilitĂ© des dĂ©placements. Comment fonctionnera ce comitĂ© stratĂ©gique ? Et dans quelle situation pourra-t-on le solliciter ? Ce comitĂ© fera des propositions, dont on discutera avec les usagers au fil des sessions et des difficultĂ©s rencontrĂ©es. Il arrĂȘtera une ligne de conduite, un vrai projet dâamĂ©lioration de la mobilitĂ© et, en fonction de la nature du problĂšme, cela se fera soit par voie de nĂ©gociation, soit par voie de dĂ©cret, soit Ă©ventuellement par voie lĂ©gislative. On a tous fait des constats de difficultĂ©s. Par exemple, dans ma commune, vous avez dans la mĂȘme famille deux enfants handicapĂ©s qui se rendent dans la mĂȘme ville. Mais comme ils ne vont pas dans le mĂȘme Ă©tablissement, ils nâutilisent pas le mĂȘme transport lâun et lâautre. Pourtant, ils partent de chez eux Ă la mĂȘme heure, pour aller dans la mĂȘme ville, et comme ce sont deux services de transports diffĂ©rents, cela relĂšve Ă©galement de deux financements diffĂ©rents et de deux organismes diffĂ©rents. Maintenant, il faut quâentre les partenaires et les acteurs, on puisse dire qui sâoccupe de quoi et qui finance quoi. Câest pour cela que vous avez besoin Ă la fois de lâassurance maladie, des dĂ©partements, de lâĂtat et des gestionnaires de transport, pour quâon puisse trouver la meilleure solution. Ce comitĂ© stratĂ©gique sâoccupera aussi de lâadaptation du droit Ă la compensation du handicap pour les enfants. Cela peut surprendre⊠Au dĂ©part, le comitĂ© devait globalement sâoccuper de la mobilitĂ© parce que câest lâurgence, mĂȘme si tout est urgent. Mais il se trouve quâĂ travers les Ă©tudes de cas que nous rencontrons, les difficultĂ©s les plus importantes concernent les enfants. Donc on va intĂ©grer toute la problĂ©matique des enfants et de lĂ , dĂšs lors quâon rĂ©unit tous les acteurs, on pourra en profiter pour refaire un point plus gĂ©nĂ©ral sur la prestation de la compensation pour les enfants. On se rend compte quâil y a des lacunes, des chances qui ne sont pas mobilisĂ©s, et diffĂ©rentes sources de financement assez complexes. On va profiter de cette dynamique pour traiter ces deux sujets-lĂ . On aurait pu faire des comitĂ©s diffĂ©rents, mais dĂ©sormais, pour Ă©viter lâinflation des instances administratives, la crĂ©ation de nouveaux organes impose dâen supprimer dâautres⊠Les enfants ne sont pas un sujet mis Ă part mais complĂ©mentaire. Bien que la proposition de loi sur la PCH ait Ă©tĂ© votĂ©e, trouvez-vous quâil y ait dâautres choses Ă amĂ©liorer ? Avez-vous des projets en tĂȘte ? Selon moi, il y a encore beaucoup de sujets Ă aborder. Je ne vais pas tous les Ă©numĂ©rer mais je vais citer les principaux pour moi. Dâabord, continuer en matiĂšre de simplifications administratives. Il y a ensuite la question du pĂ©rimĂštre des aides, humaines ou techniques. Certaines aides techniques ne sont pas prises en charge par la PCH, car la liste des aides techniques est ancienne, trop ancienne dâailleurs. Les aides techniques en matiĂšre de domotique et de nouvelles technologies, par exemple, devraient ĂȘtre considĂ©rĂ©es. Il y a aussi des difficultĂ©s Ă attribuer les aides humaines nĂ©cessaires pour certains handicaps â je pense au handicap psychique, par exemple. Il faut remettre Ă plat et revoir le champ dâaction de la PCH. Et puis il y a lâaspect financement qui nâest pas Ă niveau, puisque les rĂšgles nâont pas Ă©voluĂ© depuis plus de 10 ans. Il faut mettre Ă jour ces rĂšgles de financement et de prise en charge. Rappelons que la prestation de compensation du handicap est lĂ pour compenser, financiĂšrement parlant, les besoins qui sont liĂ©s au handicap. Aujourdâhui on se rend bien compte que le reste Ă charge, dans beaucoup de domaines, est beaucoup trop important pour les familles. Donc il faut quâon ait un dĂ©bat, entre lâĂtat et les dĂ©partements, sur la prise en charge financiĂšre de la compensation du handicap. Il y a dâautres sujets mais la mobilitĂ©, les aides techniques, le financement, la simplification administrative, cela fait dĂ©jĂ beaucoup de sujets. Avez-vous quelque chose Ă ajouter ? En conclusion, je vais reprendre ce que jâai dit en introduction lâobjectif est de concrĂ©tiser une dĂ©marche collective des parlementaires, de lâAssemblĂ©e et du SĂ©nat, avec le soutien du Gouvernement. Mais aujourdâhui, on est vraiment au dĂ©but du chantier. Je considĂšre que câest une belle dynamique en dĂ©but dâannĂ©e 2020 dâavoir votĂ© ce texte-lĂ . On attend beaucoup des annonces du Gouvernement et du PrĂ©sident de la RĂ©publique le 11 fĂ©vrier prochain date du 15e anniversaire de la loi Handicap de 2005. Ce que jâespĂšre dâailleurs, câest quâon puisse, dans les mois qui viennent, avancer pour faire en sorte dâadapter la PCH aux besoins des personnes handicapĂ©es. Câest une premiĂšre Ă©tape mais il faut maintenant continuer. Ă titre personnel, jâai bien lâintention de continuer Ă mener ce combat-lĂ pour les personnes handicapĂ©es. Propos recueillis par Camille Romand. Vous pouvez consulter ici lâintĂ©gralitĂ© de la proposition de la loi sur la PCH.
f7Uwj.